Nous sommes à un tournant. À tous les niveaux. Et par nous, j'entends vous, moi et le monde qui nous entoure. Je ne saurais, ici, aborder tout ce que cela englobe. Mais à mon modeste niveau de « cadreur artisanal », beaucoup de choses changent et vont encore changer ces prochains temps. Alors, avant de regarder devant, je voulais prendre un instant pour figer le passé : vingt-deux ans, depuis 2004. 

Avant 2004
Tout commence avec une marque qui n'existe plus : OMT (de mémoire, « Oberflächen Materialien Technik »). Au début des années 2000, elle proposait des cadres en titane avec un revêtement qui faisait sa particularité, et elle soutenait une équipe féminine professionnelle, la première du genre. Puis elle a arrêté l'équipe, et les cadres avec.

2004 — un des premiers cadres titane CMT

2004
Les distributeurs de ces cadres en France ont voulu continuer. Ils créent alors CMT (« Cycling Material Technique », vous voyez l'astuce ?), pour proposer les mêmes cadres titane, sans le revêtement, mais toujours avec l'appui de M. BLONDEAU pour la partie étude posturale. À l'époque, on pense chez CMT que ces cadres sont fabriqués en Allemagne.

2006
J'arrive chez CMT et je reprends la relation avec le fournisseur OMT. Je m'intéresse au développement technique des cadres, mais je découvre assez vite qu'ils ne sont pas fabriqués là où on le croyait. Plutôt que d'en faire un problème, on en fait un projet : les fabriquer nous-mêmes. Nous cherchons des ateliers, en France, capables de nous réaliser les cadres. Mais rapidement, je me rends compte qu'il ne suffit pas de savoir souder le titane pour savoir souder des cadres de vélo en titane. Il faut donc se tourner vers l'Italie et chercher de véritables artisans du cadre.

2008
Je deviens gérant de la société, et ma première ambition est de lui donner un atelier à elle. Il verra le jour dans le garage d'un vélociste, à Aix-les-Bains. Dans le même temps, je poursuis ma recherche de partenaires dans la région pour que la chaîne entière — tubes, usinage, soudure, finition — reste locale. Ça prend du temps, mais ça se met en place, partiellement.

Le premier atelier, à Aix-les-Bains
Soudure d'un cadre route sur gabarit
Pointage d'un cadre sur gabarit
La fraiseuse universelle Gaston Dufour
Le stock de tubes titane
Haubans et pattes en titane

2010
Ouverture de La Boutique Titane, en ligne : les pièces en titane que nous montons sur nos cadres, proposées à ceux qui voudraient en monter sur les leurs.

2013 — la formation à l'United Bicycle Institute, à Portland

2013
Deux événements marquent cette année.
Deux semaines à Portland, à l'United Bicycle Institute, pour le cours de fabrication de cadre titane. Soixante heures, un cadre construit de A à Z, et surtout une méthode : celle de gens qui enseignaient le métier depuis 1981. J'avais déjà des cadres derrière moi, mais c'est là que j'ai mis de l'ordre dans ce que je savais. L'école a fermé depuis, et c'est dommage : à ma connaissance, il n'existait rien d'équivalent.


Peu de temps après, mes associés et moi prenons des chemins différents. Je garde la société et l'atelier, ils gardent le nom : CMT continue de son côté. En novembre, la SARL CMT devient la SARL ATELIER TITANE. L'atelier déménage à La Motte-Servolex, dans des locaux plus grands, et les cadres reçoivent une marque : GRADE9, du nom de l'alliage que nous utilisons (le fameux Ti 3Al-2.5V).

2014

Roue avant carbone à boyau, montage radial : espèce en voie de disparition

Dix ans, et l'envie de tout faire et de grandir. Cette année-là, Bastien rejoint l'atelier. Monteur de roues, il apporte un métier que je n'avais pas, et nous lançons une gamme de roues artisanales sous nos couleurs : Mira, Draconis, Celeno, Majoris — des noms d'étoiles, trouvées à deux, sans I.A. Dans la foulée, mécanique et restauration de vélos, un service course mobile sur l'Avenue Verte de Chambéry, et des tubes et pièces pour les cadreurs qui se lancent. Le 13 septembre, on fête les dix ans avec une Fête du Vélo dans la cour, paëlla comprise. Ticket d'entrée : venir à vélo.

L'assistance mobile de l'Atelier Titane, en 2014
La Fête du Vélo des dix ans, dans la cour
Les dix ans de l'atelier, en 2014
La Fête du Vélo des dix ans, dans l'atelier

Bastien et la MAJORIS Ti, prototype de roue à rayons en titane, en 2015

2015
Le magazine LE CYCLE consacre un dossier aux vélos d'artisan, et nous y tenons la partie titane. Douze pages pour expliquer qu'on n'est ni des marginaux ni des ancêtres. On n'a pas changé d'avis.

Bastien et sa compagne partent faire le tour du monde en tandem. L'aventure « roues » continue un moment sans lui, puis à petite échelle : il reviendra encore en monter quelques paires pour nos cadres, jusqu'en 2020. Les roues qui roulent encore aujourd'hui portent son travail. Sur la photo, il tient la MAJORIS Ti, notre prototype à rayons en titane : trop souple, elle n'a jamais été mise en vente.

La randonneuse du Concours de Machines

2016 et 2017
Le Concours de Machines, à Ambert. Une randonneuse légère, deuxième vélo le plus léger du plateau, tous les parcours bouclés sans une casse ni un tour de clé. Mais c'était surtout une très belle aventure : l'artisanat du vélo en France renaissait réellement. Le compte rendu complet est un peu plus bas dans ce blog, si vous avez une heure.

Patrick sur sa randonneuse du Concours de Machines 2016, dans la montée du Béal, en 2017

La randonneuse de 2016, elle, a trouvé son propriétaire : on la retrouve l'année suivante dans la montée du Béal, pendant le Concours 2017.

2018
L'activité « cadre » nous occupe à 99 %. Alors, recentrage. Plus de formations (qui n'avaient d'ailleurs jamais été officiellement ouvertes, pour des questions administratives), plus de stagiaires, et des roues seulement pour nos propres cadres. On garde ce qu'on fait le mieux : penser et faire des cadres.

C'est aussi l'année d'un projet resté dans les cartons : un cadre titane en impression 3D, avec Arnaud, un ami ingénieur qui travaillait alors sur ces machines. Des badges de douille imprimés, un prototype de boîtier de pédalier, des pattes arrière dessinées pour être imprimées puis soudées, un cadre VTT modélisé de bout en bout. L'idée était bonne, la technique et les prix ne suivaient pas encore. Nous l'avons rouverte en 2023, pour la refermer à nouveau : toujours trop tôt pour un atelier de notre taille. Mais le dossier est prêt.

2019
Nouveau déménagement, le troisième. L'atelier s'installe à Saint-Germain-la-Chambotte, au-dessus du lac du Bourget. C'est là que vous nous trouvez aujourd'hui, et on va très certainement y rester.

L'établi du troisième atelier, en 2023

2019 à 2025
Un nouvel atelier à finir de monter (dans ce qui était une grange à l'origine), un enfant qui naît et beaucoup moins de temps et d'énergie qu'avant. Tous les efforts vont à la marque qui continue son chemin, survit au COVID et aux surprises qui ont suivi. Ce site, lui, vieillit tranquillement dans son coin, sans réel rôle.

2026
Nouveau site, fait maison, et ce blog. Vingt-deux ans, de nouvelles idées, une nouvelle énergie, et on continue !